Le début du siècle marque l’apogée de la Renaissance.
A Florence et Rome travaillent Léonard de Vinci, Michel Ange et Raphaël avec lesquels l’idéal de l’artiste humaniste atteint un sommet. A Venise, Titien, Véronèse et Le Tintoret s’imposent dans toute la mesure de leur talent.
A partir du deuxième tiers du siècle, l’instabilité politique et le déclin économique qui s’ensuit : sac de Rome en 1527, montée de la Réforme protestante, affaiblissement de la papauté, ont des répercussions dans le domaine de l’Art, les artistes et notamment les peintres s’écartant de l’idéal classique.
C’est le maniérisme qui va s’étendre, avec ses formes étirés et exaspérées, ses coloris acides, les compositions déséquilibrées et ne répondant plus aux lois de la perspective, ce qui se retrouve dans la peinture du Pontormo, de Rosso et du Parmesan.
L’exacerbation de ce style manièriste trouvera à la fin du siècle des contradicteurs tels Carrache et le Caravage qui redonnent à leur compositions une simplicité et un naturalisme novateur.
Michel-Ange (Michelangelo Buonarroti) – 1475-1564.
Il apprend la peinture dans l’atelier de Ghirlandaio , à Florence, mais c’est la sculpture qu’il préfère. Il est aussi poète et architecte.
De son vivant sa gloire est immense. Travailleur acharné, passionné, il se brouille avec ses contemporains auxquels il est confronté : Léonard de Vinci à Florence, Raphaël à Rome.
Bien qu’il se dise essentiellement sculpteur, son œuvre peinte à fresque est gigantesque, les commandes papales le contraignant à exécuter le célèbre décor de la chapelle Sixtine, puis plus tard celui de la chapelle Pauline toujours au Vatican.


Raphaël (Rafaelo Santi ou Sanzio).
Né en 1483 à Urbino, il est le fils de Giovanni Santi, peintre lui-même, qui lui a sans doute enseigné le premier la peinture dans son enfance puisqu’à sa mort Raphaël n’a que onze ans.

Il devient ensuite l’élève du Pérugin et reçoit sa première commande en 1500.
Il partage son temps jusqu’en 1508 entre Urbino, Pérouse, Sienne et Florence. A Florence il côtoiera ses illustres aînés : Léonard de Vinci et Michel-Ange pour lesquels il avait une grande curiosité et admiration.
C’est l’époque :1505, où les deux géants se mesuraient dans la salle des Cinq-Cents (salle de réunion du conseil municipal), Léonard y exécutant la fresque représentant « la bataille d’Anghiari » et Michel Ange y peignant « la bataille de Cascina ».
Le jeune Raphaël aurait bien aimé se voir confier lui aussi la réalisation d’une fresque mais ce ne fut pas à Florence qu’il l’obtint.
Ce fut à Rome où il s’installa en 1508. Commença alors une longue collaboration avec le pape Jules II dont il va décorer de fresques les appartements au Vatican.

Raphaël sera nommé responsable des travaux de la basilique de Saint Pierre en 1514, et restera à Rome jusqu’à sa mort prématurée, provoquée par une courte et violente maladie en 1520.
La vie de Raphaël fut courte mais son œuvre est immense. Quatre vingt tableaux nous sont parvenus, outre les fresques.
Son succès fut fulgurant et considérable, ce qui laisse supposer qu’il n’avait pas le tempérament faible et mou qui lui a été parfois attribué, conséquemment à la douceur et au charme de ses œuvres. Ce succès eut pour conséquence que Raphaël, submergé de commandes, dut s’entourer de nombreux collaborateurs, et que certaines de ses oeuvres sont davantage des oeuvres d’atelier que des tableaux de sa main. Il dessinait mais laissait l’exécution à ses assistants.
Le milieu dans lequel il évoluait à Rome demandait sûrement force de caractère et solide ambition pour pouvoir s’imposer sur la scène artistique. Ce qui n’empêchait pas raffinement et beauté.
Fresques dans les appartements du Vatican, portraits de personnalités religieuses ou aristocratiques, sujets religieux notamment des célèbres Vierges à l’Enfant, toute son œuvre est empreinte de grâce, de douceur et d’une ineffable beauté.

A Florence :
Pontormo : (Jacopo Carruci) 1495-1556

Il va rompre totalement, après 1520, avec le classicisme pour devenir le plus grand maniériste Florentin.
Son chef d’œuvre : le tableau « La déposition » qui orne la chapelle Capponi de l’église Santa Felicita de Florence est représentatif de son style original : composition novatrice, dramatique, visages tourmentés, couleurs acides, éclairage froid.
Sa peinture est complètement irréaliste, les personnages flottent dans l’espace par exemple, mais elle a une grande puissance évocatrice et traduit aisément l’intensité dramatique de la scène.
Son art est resté longtemps incompris et Pontormo, tombé dans l’oubli, ne fut redécouvert qu’au début du vingtième siècle.
Bronzino ( Agnolo Torri) 1503-1572
Elève et ami de Pontormo ,éminent portraitiste, notamment de la famille de Cosme de Médicis, il porte le maniérisme raffiné et glacial à son apogée, ce qui se retrouve aussi dans ses œuvres profanes.

Consevé au Metropolitan Museum de New York.
Giorgione (Giorgio da Castelfranco)(1477-1510)
Surnommé "le grand Georges" à cause de sa haute taille et de la grandeur de son esprit selon Vasari.

Sa carrière fut courte mais il fut très admiré en son temps et son œuvre particulièrement originale eut une considérable influence sur ses élèves : Sébastiano del Piombo, Palma le vieux et sur son camarade le Titien (ils auraient été ensemble élèves chez Giovanni Bellinni).
Une composition équilibrée, des thèmes originaux, parfois mystérieux, une pratique de la peinture novatrice puisque selon Vasari, Giorgione peignait directement sans avoir posé de dessin préparatoire sur la toile : ces données avaient de quoi marquer les esprits de ses élèves et admirateurs.
Certaines oeuvres qui lui étaient attribuées ont été rendues à ses successeurs, notamment"le concert champêtre" désormais attribué au Titien. La difficulté à déterminer la paternité de ce tableau par exemple est bien la preuve de l’importance qu’eut Giorgione dans la formation du Titien.
Le Titien (Tiziano Vecellio) : (1488-1576)

L’atelier du Titien se trouvait dans un faubourg de Venise, près de l’île de Murano.
Le Titien va connaître durant sa longue vie une gloire qui s’étend à l’Europe entière. Durant 60 ans il règne sur la peinture vénitienne et son influence sur les générations suivantes de peintres est considérable, par l’intermédiaire du Tintoret et de Véronèse.

Inspiré au début de sa carrière par Giorgione, Titien va construire son propre style qui va évoluer tout au long de sa vie mais toujours dominé par une savante maîtrise de la couleur.
Elève de Giovanni Bellini, Titien a une grande admiration pour Giorgione avec qui il travaille parfois, à tel point qu’il est possible de confondre leurs œuvres (dixit Vasari).
Il a peint beaucoup de portraits des grands du siècle (Charles Quint, François Ier…) et aussi de beaux portraits de femme dont il exalte la beauté.

Son œuvre est considérable, les sujets religieux, les portraits, les sujets profanes et allégoriques, tous ces domaines ont suivi l’évolution de son style puissant dont la caractéristique majeure, surtout à la fin de sa vie, est la primauté de la couleur et de la matière sur le dessin.
Sa technique :
Quand il peignait sur panneau de bois, Le Titien peignait selon la technique du 15 ème siècle, à l’aide de pâtes minces et transparentes. Sa méthode a changé lorsqu’il a utilisé la toile, support dont l’utilisation se généralise à partir du 16 ème siècle.
Sa méthode peut se définir selon l’analyse de Maurice Busset qui a étudié de près sa façon de peindre et les écrits de l’élève du Titien : Giacomo Palma, de la façon suivante :
• Première étape : Ebauche du tableau en couche épaisse de couleurs simples sur la toile préparée, sans couche d’impression préalable. Le dessin était défini à partir de ces masses colorées, contrairement aux préceptes du Moyen Age qui voulaient que le dessin soit très abouti. Il travaillait cette ébauche de couleurs simples en aplats en s’occupant peu du modelé qui serait défini plus tard grâce aux glacis, les chairs étant réservées en blanc. On peut donc supposer que l’ébauche se composait d’un camaïeu de tons chauds (ocres et bruns) et de chairs blanches. Il n’y avait pas dans l’ébauche les couleurs rares que l’on voit quand la peinture est terminée (lapis-lazuli ; malachite…) Le ciel bleu est préparé en ocre rouge ou Terre de Sienne brûlée, les vêtements en Terre de Sienne ou noir, les chairs en blanc parfois légèrement ocrées.
• Deuxième étape : Reprise de l’ébauche, parfois des années plus tard. Restée loin du regard du Titien pendant longtemps, l’œuvre allait vite lui livrer ses défauts, ce qui lui permet de corriger et remanier son tableau. Le temps de séchage assez long a permis à l’huile de pénétrer la préparation. Busset pense qu’il travaillait à l’huile pure, huile de lin ou d’œillette additionnée d’un tiers d’essence. Maroger, lui, pense qu’il pouvait ajouter de la cire , ce qui donnait un aspect mat à sa peinture.
• Troisième étape : Le Titien finissait ses tableaux en peignant avec les doigts pour étaler et fondre les couleurs entre elles. Les chairs du Titien restent mates . En revanche il utilisait de nombreux glacis ou vélatures : par exemple sur les vêtements ébauchés en Terre de Sienne ou noir, il passe des glacis de laque de garance, de lapis-lazuli ou de malachite pour leur donner leur couleur définitive. S’il n’employait pas de résine dans les sous-couches, il est sûr qu’il en employait dans les glacis et Maurice Busset suppose qu’il utilisait des mélanges d’huile, de résine de copal et d’essence d’aspic.
Les couleurs employées par Le Titien :
Noir d’ivoire, Ocre jaune, Ocre rouge, Orpiment( jaune d’or), laque de garance, vert malachite (que l’on peut remplacer par du vert émeraude), Terre de Sienne, Lapis Lazuli.
Le Tintoret : (Jacopo Robusti) 1518-1594 Venise


Fils de teinturier d’où son surnom il Tintoretto, ce peintre est en rivalité avec le Titien chez qui il aurait fait un court passage lors de son apprentissage.
Sa rapidité et sa fécondité créatrice sont remarquables.
Mais quoiqu’admiré de son vivant, il est mal compris pendant les siècles suivants et son œuvre n’est reconnue qu’au début du XXe siècle.
Il réalise des compositions monumentales, notamment des commandes religieuses dont le plus grand tableau jamais peint : Le Paradis de 7 m sur 22 m, mais aussi de nombreux portraits.
L’ensemble des tableaux qu’il peint pour décorer les salles de la Scuola Grande di San Rocco à Venise est admirable, et on peut y découvrir tous les aspects de son talent : immenses compositions ( la Crucifixion), tourbillons de personnages, paysages enchanteurs, lumière étonnante, souvent crépusculaire.
Car il éclaire ses tableaux d’une lumière qui n’ appartient qu’à lui et donne à ses compositions un mouvement et une dynamique tout aussi particuliers.
Il aurait eu d’après son biographe Ridolfi, la devise suivante : « le dessin de Michel-Ange et les couleurs du Titien » et il aurait préparé ses compositions en mettant en scène des personnages modelés en cire qu’il exposait à différents éclairages, ce qui témoigne de son originalité et de sa témérité.
D’autre part, par sa puissance dramatique son art semble refléter la personnalité inquiète de son auteur.
Paul Véronèse ( Paolo Caliari) (1528-1588).
Il est né à Vérone comme l’indique son surnom.
Après le Titien il est avec Le Tintoret le chef de file de l’école Vénitienne.
Il réalise de grands projets décoratifs comme les fresques de la villa Palladienne Barbaro à Maser où les trompe l’oeil somptueux habillent et mettent en valeur l’architecture.
Il a aussi des commandes de décors du palais ducal de Venise et des commandes de tableaux religieux, notamment de l’église Saint Sébastien où il sera enterré.
Il excelle à peindre les scènes festives et joyeuses dans le cadre somptueux où évoluent ses commanditaires, et sa peinture traduit une certaine joie de vivre de cette société mondaine et fastueuse.

N’oublions pas que Venise était très riche et puissante et que les commanditaires tant civils que religieux étaient nombreux.

Véronèse n’hésite pas à laïciser les scènes religieuses, mettant des bouffons dans la suite de Jésus par exemple, ce qui lui causera quelques soucis auprès de l’Inquisition.
Il revendiquera alors « les mêmes licences pour les peintres que pour les poètes et les fous », mais il devra changer le titre du tableau La Cène par Le repas chez Lévi. Il aurait pu s’en sortir plus mal.
Il connut un grand succès et avait un atelier avec de nombreux collaborateurs.
Sa peinture lumineuse et généreuse, glorifiant la beauté et la joie de vivre aura une influence continue sur les artistes des siècles suivant dans toute l’Europe, particulièrement remarquable chez Rubens et Tiepolo.
