la peinture en France au XVI ème ET XVII ème

Volet droit du diptyque de Melun. Jean Fouquet. Musée des Beaux Arts d’Anvers.

Pendant longtemps l’art pictural en France s’est principalement exprimé dans l’art de l’enluminure ornant les manuscrits de riches miniatures et dans l’art du vitrail qui connait son apogée entre le XIIIe et le XVe siècle.
C’est dans ces deux domaines que le génie créatif des peintres en France va se distinguer, particulièrement dans l’art du Vitrail qui n’existe pratiquement pas ailleurs, les larges ouvertures des cathédrales gothiques offrant un magnifique champ d’action.

 

 

 

Les Très Riches Heures du Duc de Berry. Avril (détail).Musée Condé. Chantilly.

Carrefour géographique et culturel, la France est le lieu de rencontre des deux grands foyers picturaux, italien et flamand.

 

 

 

 

L’ECOLE D’AVIGNON

En installant la cour pontificale à Avignon à partir de 1326, les papes vont créer un centre culturel et artistique important où se côtoieront des peintres de toutes origines.

D’abord italiens, majoritairement siennois, ces peintres vont transmettre leur savoir faire vers le nord. Au XVe siècle, Avignon qui est à l’écart des guerres qui ravagent le Nord, et qui connaît une période de prospérité économique propice à l’essor des Arts, accueille nombre de peintres venant des régions septentrionales.

Cela fera de la Provence un creuset fécond dont la créativité fut la plus riche au 15e siècle, à la période du roi René, grand amateur d’art, qui s’installe à Aix en 1471. Cette créativité se tarira au 16e siècle.

Il reste relativement peu de témoignages de cette période. Mais il en existe de remarquables, citons :

Enguerrand Quarton (Né avant 1419-mort vers1466). Originaire de Picardie et arrivant tôt en Provence, la peinture de ce peintre est exemplaire en ce qui concerne l’alliance des deux influences, latine et flamande.


La Pieta de Villeneuve-lés-Avignon. Musée du Louvre.

Nicolas Froment ( Né Vers 1435 - mort vers 1486). Formé probablement en Flandres, Nicolas Froment s’installa à Uzès, et devint peintre en titre du roi René. Il a peint le Triptyque du Buisson ardent en 1476, pour l’église des Carmes d’Aix.
et
Barthélémy d’Eyck , né à Liège, actif entre 1444 et 1470.
Peintre du roi René, dont il illustre l’ouvrage : « Le cœur d’amour épris », il accompagne celui-ci en Provence.

Hormis la Provence, plusieurs peintres remarquables travaillaient à la même époque dans différentes régions :

A Lyon, Jean Perréal(actif entre 1483 et 1530)

A Moulins Jean Hey(actif entre 1480 et 1501), dit le maître de Moulins, au service duc de Bourbon :Pierre de Beaujeu.

Dans le nord de la France Simon Marmion (1425 env.-1489)

Jean Fouquet. Autoportrait. Musée du Louvre.

Jean Fouquet (Né à Tours vers1415/1420, mort vers 1481)
Sa formation, certainement auprès d’un maître de l’école flamande, lui a donné le goût du réalisme et de l’observation de la Nature. Bien que l’on sache fort peu de choses sur sa vie, on sait qu’il fit un séjour à Rome dans sa jeunesse. Puis il revint s’installer à Tour. Peintre miniaturiste, il peint des scènes d’histoire, peintre de chevalet il est un grand portraitiste.

 

 

Tous ces artistes sont à la fois enlumineurs et peintres.
La peinture de chevalet s’est développée en France à l’époque de la naissance de l’imprimerie (1452). Bien que quelques uns des plus beaux manuscrits n’ aient été terminés qu’à la fin du siècle, les Très Riches Heures du Duc de Berry notamment, il semble que l’essor rapide de l’imprimerie libéra les peintres de leur tâche de miniaturiste et leur permit de changer de registre.
Jean Fouquet par exemple dont l’autoportrait est le premier à avoir été peint individuellement par un peintre en occident.

Eva Prima Pandora. Jean Cousin (le père). Musée du Louvre.

Au 16 e siècle, l’école de Fontainebleau va donner à la Renaissance en France un style particulier qui connaîtra un succès tel qu’il s’exportera dans les autres pays d’Europe.

La première école de Fontainebleau, de 1530 à 1570, se développe grâce à la volonté de François 1er qui a invité des artistes italiens pour décorer le château de Fontainebleau dont il fera sa résidence après embellissement. Le Primatice et Rosso Fiorentino aidés et suivis par d’autres artistes italiens décorent le château et créent une école italienne en France dont les élèves, Toussaint Dubreuil par exemple sont actifs à la fin du siècle, sous le règne d’Henri IV.

Vous trouverez de plus amples informations sur les deux écoles de Fontainebleau sur le site : www.aparences.net

Jean Clouet. Le dauphin François. Musée des Beaux Arts d’Anvers.

Parallèlement à l’école de Fontainebleau, des artistes nordiques travaillaient à la cour du roi François Ier.

François Clouet. Elisabeth de France. Collection de la Bibliothèque Nationale de France.

Jean Clouet ( Né à Bruxelles vers 1480) appelé par François Ier connut un grand succès avec ses portraits de cour, de petit format, proches de la miniature et devint peintre du roi , ce qui lui permit de devenir riche et célèbre. C’est son fils François né vers 1520 à Tour ( mort à Paris en 1572), qui succédera à son père dans la charge de peintre de la cour. Il connaîtra aussi un grand succès et s’affranchira des canons de la miniature, tout en gardant un style tout à fait nordique. Le père comme le fils étaient de grands dessinateurs et ont laissé une magnifique collection de portraits dessinés au crayon dont l’engouement s’est prolongé jusqu’au XVIIIème siècle, avec plus ou moins de bonheur.

 

 

 

 

Portrait de Clément Marot. Corneille de Lyon.Musée du Louvre.

<>Corneille de Lyon ( Né à La Haye vers 1515, mort vers 1574)
Autre peintre nordique venu en France, Corneille de Lyon doit son surnom à la ville dans laquelle il finit par s’établir en 1544, Clouet règnant sans partage à la capitale.

Comme son concurrent il eut un grand succès chez ses commanditaires aristocrates, en leur faisant de beaux portraits raffinés à la technique soignée, de petit format, et dont le sujet se détache sur un fond bleu ou vert.

 

 

 

 

 

 

 


Simon Vouet. Loth et ses filles.1633. Musée des Beaux Arts de Strasbourg.

L’influence de la peinture italienne est prépondérante au 17e siècle. La plupart des peintres font un séjour à Rome, certains y restent. D’autres en rentrant participent à l’importation de l’art italien. Un des principaux diffuseurs de la peinture baroque italienne fut :

Simon Vouet (1590-1649) grand peintre sous le règne de Louis XIII.
Grand voyageur, il a déjà travaillé à Londres, Constantinople, et séjourné 12 ans en Italie quand il est appelé par Louis 13 et Richelieu en 1627 pour devenir peintre de la cour. Peintre prolifique, son atelier effectue de nombreuses commandes dont souvent Simon Vouet se borne à effectuer les cartons.

Il aura de nombreux élèves parmi lesquels Charles Le Brun.

Charles le Brun (1619- 1690) Né à Paris, élève de Simon Vouet, il parfait sa formation en Italie où il rencontre Poussin et Pierre de Cortone. Employé par Colbert , il décore : la galerie d’Apollon au Louvre, la Galerie des Glaces et les salles de la Guerre et de la Paix à Versailles.

Parfait représentant d’une peinture au service de l’Etat, Le Brun connaît une ascension fulgurante, devient premier peintre du Roi et président à vie de l’Académie de peinture et de sculpture, tout en bénéficiant de la part du monarque d’une grande liberté qui lui permet de devenir l’organisateur de l’art de la cour, de toutes façons au service de l’Etat et de la monarchie.

 

 

 

Nicolas Poussin :
1594-1665, modèle du classicisme français

Autoportrait. Musée du Louvre.

Né aux Andelys, Poussin y suit l’enseignement de Quentin Varin vers 1612, puis très vite part à Paris où il travaille pour 2 peintres avant de travailler en indépendant. Il peint avec Philippe de Champaigne au Palais du Luxembourg à Paris.

En 1624 il part à Rome où il va beaucoup dessiner d’après nature et d’après les modèles antiques.

S’écartant du domaine des commandes officielles Poussin va privilégier celui des collectionneurs et amateurs qui l’apprécient en peignant des toiles de petite ou moyenne dimensions. Il peint soit des sujets religieux, soit des sujets poétiques inspirés par ses lectures philosophiques ou religieuses. Sa peinture « cérébrale », d’accès difficile aujourd’hui, a du succès, ce qui lui vaut une invitation, sans doute difficile à refuser, à Paris, en 1640, par Louis XIII et Richelieu.
Il y restera deux ans puis repart à Rome.

A partir de 1640, il peint de plus en plus de paysages pour aboutir aux « quatre saisons », chefs d’œuvre peints entre 1660 et 1664.

L’hiver. Musée du Louvre.

Il meurt à Rome en 1665.

Les toiles de Poussin sont bien conservées, bien qu’elles aient souvent souffert de nettoyages sévères de la part des nombreux collectionneurs chez qui les toiles se sont succédée.

L’étude du courrier de Poussin permet de comprendre sa façon de procéder. C’était un peintre réfléchi et prudent qui ne laissait rien au hasard.

Ses compositions étaient le fruit d’une longue réflexion, et le dessin préparatoire n’était posé que lorsque celle-ci avait abouti.

La toile était préparée dans son atelier, il choisissait avec soin ses pigments, et peignait sans hâte : « J’ai été l’espace de plus de quatre mois à faire votre tableau » à propos du « Sacrement du Mariage » en 1648.

Poussin à l’exception de deux œuvres a toujours peint sur toile.
La préparation de ses toiles comme pour tous les artistes français du 17è et 18è siècle rompt avec la tradition des préparations blanches. Il utilise des préparations brunes ou rouges, les tableaux de paysage étant toujours peints sur des préparations brunes pigmentées à l’aide de terres ferrugineuses.

Souvent une seconde couche de préparation, grise, vient couvrir la première.

Diogene jetant son écuelle. Musée du Louvre.

Claude Gellée,

dit le Lorrain (Chamagne, v. 1600 - Rome, 23 novembre 1682)

Né en Lorraine, près de Nancy, Claude Gelée est le plus grand paysagiste ,avec Poussin, du 17e siècle. Il reste comme le peintre emblématique du paysage dit classique.

Très jeune il quitte sa région pour Rome où il apprendra son art auprès d’un peintre paysagiste Augustin Tassi, puis vers 1623 il se rend à Naples où il continue son apprentissage chez un maître flamand : Godefroi Wals. Le golfe de Naples sera souvent présent dans ses paysages. Puis il revient à Nancy pour 2 ans avant de retourner à Rome en 1627 pour ne plus la quitter.
Il eut à Rome un très grand succès avec ses paysages et ses marines aux lumières magiques et sa carrière fut brillante.

Paysage avec Tobie et l’Ange. 1663.Musée de l’Ermitage. Saint Petersbourg.

Georges de La Tour : 1593-1652

Il est né en Lorraine à Vic-sur-Seille, le 14 mars 1593, son père est boulanger.

Il mène sa carrière à Luneville, ville prospère , où il bénéficie de la protection de la noblesse.
Peintre de grand renom, il reçoit en 1639 le titre de Peintre ordinaire du roi. Ses œuvres sont très recherchées, il est riche et vit comme un seigneur. Il a dix enfants. Son fils, Etienne, peintre lui aussi, devient son collaborateur. Il meut lors d’une épidémie en 1652.

Redécouverte au début du 20e siècle par l’historien d’art Hermann Voss, son œuvre était auparavant perdue, ses tableaux étant attribués à d’autres peintres, flamands ou hollandais, ou aux frères Le Nain.

Ses œuvres les plus connues représentant des scènes nocturnes éclairées par la lumière d’une chandelle, sont caractéristiques du style de peinture développé à la suite du Caravage par nombre de peintres italiens, français et hollandais venus à Rome au début du 17e siècle Influencés par les effets luministes du Caravage, ils peignent des scènes religieuse à la manière de scènes de genre, avec des personnages du peuple, dans un décor dépouillé.

Le Nouveau-né. Musée des Beaux Arts de Rennes.

Toujours dans la lignée du Caravage, on trouve chez La Tour la recherche d’un réalisme impitoyable, montrant des scènes populaires qui représentent des personnages jouant de la musique, aux cartes , mangeant dans des tavernes, peints sans complaisance sous un fort clair obscur évocateur. Il représente un monde brutal et cruel. La Rixe de musiciens du Paul Getty Museum de Los Angeles en est un exemple abouti :

Rixe de musiciens. Musée Paul Getty. Los Angeles.

La redécouverte de George de la Tour par le grand public se fera grâce à l’exposition Peintres de la Réalité en France, organisée en 1934 au musée de l’Orangerie. Treize tableaux de La Tour y sont présentés et l’œuvre de l’artiste est très admirée par les visiteurs.

A la suite de cet évènement, de nombreuses recherches et thèses sur son travail sont publiées, qui permettront ainsi à ce peintre de sortir définitivement de l’oubli.

Philippe de Champaigne. 1602- 1674.

Triple portrait de Richelieu. National Gallery. Londres.

 

 

 

 

Né à Bruxelles en 1602, il s’établit à Paris en 1621 et il sera nommé peintre de la reine Marie de Médicis en 1628.

 

 

Succédant à Nicolas Duchesne avec qui il a beaucoup travaillé, il affirme ses qualités de chef d’atelier pour le décor du couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques.

Il réalise des tableaux et des peintures murales, au réalisme puissant, alliant esprit de mesure et de clarté, ce qui est une des caractéristiques essentielles du Grand siècle. Il fut un grand peintre religieux et un remarquable portraitiste.

 

 

 

 

 

 

Les frères Le Nain : Antoine (v. 1588 -1648), Louis (v. 1593 -1648) et Mathieu(1607-1677)

Originaires de Laon, ils firent tous les trois leur carrière à Paris, où ils firent partie des membres fondateurs de l’Académie de peinture.

Antoine apprit son métier à Laon chez un artiste hollandais. C’est lui qui forma son frère Louis et ils travaillèrent souvent ensemble au point qu’il est parfois difficile de départager leurs oeuvres.

Fortement influencés par la peinture nordique, surtout dans le choix de sujets campagnards, ils donnent à leurs portraits de paysans une force et une présence qui dépasse le côté anecdotique de la scène.

Famille de paysans dans un intérieur. Musée du Louvre.

Le plus jeune frère ,Mathieu , a connu beaucoup de succès de son vivant. Ayant abandonné les scènes de la vie paysanne, il est le peintre d’une société plus brillante et certains de ses charmants portraits d’enfants annoncent par leur grâce la peinture du 18e siècle.

La leçon de danse (détail) Mathieu Le Nain.

Les frères Le Nain eurent de nombreux imitateurs dont Sébastien Bourdon et Jean Michelin...

ARTICLE EN COURS DE REDACTION

++++

++++

[/row] [/span12]