la renaissance italienne au XVème siècle

Martini, Simone (1284-1344): Annunciation and Two Saints, The. Florence, Galleria degli Uffizi*** Permission for usage must be provided in writing from Scala. ***

L’Italie va connaître durant deux siècles un foisonnement d’artistes exceptionnels, et nous ne parlons que des peintres ! Un feu d’artifice qui illumine l’Europe !

Dès le début du XVe siècle, le quattrocento en italien, de jeunes peintres vont rompre avec la tradition picturale de leurs aînés que l’on appelle « gothique » et qui était imprégnée de l’esprit du Moyen Age.

Il est évident que cette évolution n’est pas une rupture nette, mais une évolution qui se nourrit des apports du trecento (XIVe siècle). Nombreux sont les peintres qui, soit par leur réalisme novateur, soit par leurs recherches sur la perspective, ont participé, chacun à leur manière, à introduire en peinture la troisième dimension. Beaucoup étaient sculpteurs d’ailleurs.

LE QUATTROCENTO

On sait que l’Italie n’est pas unifiée à cette époque et que la péninsule abrite plusieurs républiques, duchés, royaumes dont les familles dirigeantes rivalisent dans le faste, le luxe et les commandes artistiques, ce qui fut très favorable à tous les arts.

Chaque ville a ses particularités artistiques, notamment en peinture. Naples, Sienne, Florence, Padoue, Vérone, Ferrare, Urbin, Venise, Milan, Bologne…Dans chaque ville se développe une école dont les caractéristiques sont en partie liées à l’histoire politique et économique de la région. C’est ainsi qu’à Venise l’influence byzantine due à ses liens maritimes et commerciaux avec l’orient est telle que le rapprochement avec la peinture occidentale ne se fera que tardivement.

Mais en Italie aussi les peintres voyagent, et leurs confrontations, leurs échanges ne sont pas stériles. Par exemple, Gentile da Fabriano qui n’est pas natif de Florence mais qui y restera
plusieurs années y réalisera le très remarquable retable de
« l’adoration des mages »

l’Adoration des mages, Gentile da Fabriano 1423. Tempera sur bois, 300 x 282 cm Galerie des Offices. Florence.

Il apporte à Florence un exemple du gothique dit international qui a plutôt eu cours dans l’Italie du nord, bien que Lorenzo Monaco, venu de Sienne y ait aussi réalisé des œuvres représentatives du courant gothique au début du siècle. Il sera le maître de Fra Angelico.

l’Adoration des mages, Lorenzo Monaco (1422) Galerie des Offices. Florence.

 

On reconnaît ce style gothique international, qui relie quoique sous des formes différentes, l’Italie du nord, l’île de France, la Bourgogne, la Bohême….à la virtuosité des gravures sous la dorure, les couleurs chatoyantes, les lignes sinueuses, les personnages élégants, les détails charmants d’une nature délicate et féerique………….

Vision de saint Eustache Pisanello (1436-1438). Détrempe sur bois, 65 x 53 cm. National Gallery, Londres

 

C’est à Florence que la rupture avec ce style aimable et fleuri sera la plus remarquable avec Masaccio. Son dessin vigoureux et affirmé, ses personnages robustes et solides donnent à sa peinture une impression de puissance et d’intense expression dramatique, dans la lignée de Giotto.

Détail de saint Jérôme masaccio (1401-1428) National Galery. Londres

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Masaccio meurt très jeune en 1428 à 27 ans, lors d’un voyage à Rome, laissant les fresques qu’il réalisait avec Masolino à la chapelle San carmine de Florence inachevées. Ce sera Masolino puis Lippi qui les finiront.

Fra Angelico et Filippo Lippi, l’admiraient paraît-il beaucoup. Aucune parenté pourtant de prime abord entre la peinture de Masaccio et celle de Fra Angelico ou de Philippo Lippi, son élève, qui interpellent plutôt par la douceur des physionomies et des couleurs, si ce n’est une recherche dans l’organisation spatiale des compositions.

Fra Angelico occupe une place à part chez les peintres de son siècle. Animé d’une véritable foi, ce peintre a apporté à l’art religieux des chefs d’œuvre où la luminosité des couleurs, la beauté des compositions, simples et paisibles, la perfection des détails, la délicatesse du travail de la dorure, charment le spectateur. Ses œuvres qui peuvent passer pour archaïques à cause de l’emploi de la dorure à une époque où elle est en voie de disparition, sont au contraire très élaborées, utilisant les nouvelles recherches de son siècle sur la perspective et l’occupation de l’espace.

l’Annonciation Fra Angelico (1430) Museo della Basilica di Santa Maria delle Grazie. San Giovanni Valdarno.

 

Les peintres voyagent de plus en plus. Ils se déplacent pour honorer des commandes un peu partout en Italie, appelés par le pape à Rome ou dans différentes cours.
C’est le siècle des recherches sur la perspective qui sont menées aussi par Uccello, célèbre par son procédé de composition dans son triptyque « Bataille de San Romano ».

Mais c’est peut-être chez Piero della Francesca que ce souci de la représentation spatiale est le plus évident. Il a d’ailleurs laissé des traités de perspective, notamment « de prospectiva pigendi : la perspective dans la peinture » où il explique que les règles de perspective s’appliquent aussi bien à une tête humaine qu’à une figure géométrique. On comprend mieux l’épuration de ses compositions, où les humains sont traités de la même majestueuse façon que les éléments architecturaux.
Vierge de Senigallia. Piero della Francesca.
Galleria Nazionale delle Marche. Urbino.

La technique :

La première moitié du XVe siècle reste pour la peinture Italienne le siècle de la tempera à l’œuf pour les œuvres sur panneau ; on sait qu’en revanche dans le nord de l’Europe, la peinture à l’huile prend sa place dès le début du siècle. D’ailleurs à Naples : Antonello de Messine va faire bénéficier sa peinture des apports dus aux liens qu’a le sud de l’Italie avec l’Espagne, la France et la Flandre. Les peintres voyagent aussi, on sait qu’au milieu du 15e siècle, Van der Weyden vient à Ferrare, Petrus Christus à Milan et Jean Fouquet à Rome.

Dans la seconde moitié du XVe siècle, certains vont utiliser la peinture à l’huile, Piero della Francesca par exemple, mais les deux techniques vont coexister longtemps, même si elles se mélangent. En effet on peut imaginer que la tempera à l’œuf que Botticelli n’a jamais voulu abandonner se soit enrichie d’huile, une tempera à l’œuf grasse en quelque sorte.
On peut aussi imaginer des couches à l’huile sur des couches plus maigres à l’œuf selon une technique dite mixte que l’on a prêtée aux flamands, notamment à Van Eyck.

Le foisonnement des centres d’activités et à l’intérieur de ceux-ci le foisonnement des ateliers et des peintres de talent est tel que la richesse de la peinture italienne du quattrocento n’a d’égale que sa complexité !
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Citons tout de même quelques grandes figures dont nous n’avons pas encore parlé : Stefano di Giovanni, dit Sassetta à Sienne, Andrea del Castagno et Domenico Veneziano à Florence....

Quelques grandes figures dominent le paysage pictural italien durant la seconde moitié du quinzième siècle. Citons :

Mantegna, actif à partir des années 1441/1445, mort en 1506.

Andrea Mantegna était très intéressé par l’Antiquité et a introduit dans ses peintures beaucoup d’éléments antiques : monuments, colonnes… Formé à Padoue dès son plus jeune âge, Mantegna y commencera brillamment sa carrière avant de rejoindre vers 1460, la cour de Ludovic Gonzague, marquis de Mantoue, pour y devenir son peintre attitré.

Cet humaniste incarne parfaitement l’ artiste de la Renaissance. Il se consacra à l’étude de la perspective, et sa peinture représente de nombreux exemples de raccourcis saisissants qu’il réussit parfaitement.

Lamentation sur le Christ mort.Andrea Mantegna. Pinacothèque de Brera. Milan.

 

Durant toute se carrière, Mantegna connaît le succès. Il épouse en 1453 la fille de Jacopo Bellini, important peintre vénitien etl devient donc le beau-frère de Giovanni Bellini. Il aura sur lui une forte influence, c’est-à-dire que, compte tenu de l’importance de Giovanni Bellini à Venise, Mantegna va fortement influencer la peinture vénitienne.

Giorgio Vasari , peintre et historien du 16e siècle, auteur de « Le Vite de più eccelenti pittori, scultori e architettori » ou « Vie des artistes » , lui attribue aussi l’invention de la gravure sur cuivre en Italie.

Giovanni Bellini, actif à partir de 1460, mort en 1516.
Giovanni Bellini était le beau-frère de Mantegna qui avait épousé sa sœur Nicolosia.
Ce peintre dont la longue carrière a été couronnée de succès a influencé la peinture vénitienne et le cours de son évolution.

D’abord par son influence sur ses élèves : Palma le vieux, Giorgione et Le Titien, mais aussi par celle qu’il exerce sur certains de ses contemporains tel Cima de Conegliano.

D’abord proche de Mantegna, son style va évoluer à partir des années 70 vers une plus grande douceur dans les modelés, une utilisation de la couleur qui nimbe les œuvres d’une suave unité tonale, ce qui donne à ses tableaux une atmosphère particulière, d’une grande sensibilité.

Allégorie sacrée. Gallerie des Offices. Florence.

Allégorie sacrée. Les Offices. Florence.

Sandro Botticelli né en 1445, mort en 1510.
IL connut une grande gloire à Florence qui subit une éclipse après sa mort. Il fut redécouvert au 19 ème siècle.
Elève de Filippo Lippi, les premières œuvres de Sandro Botticelli sont marquées par l’empreinte de son maître.

Vierge à l’Enfant avec deux anges et Saint Jean Baptiste. 1465.

 

Cependant la suavité des couleurs, la primauté du contour, la poésie des compositions caractérisent son style reconnaissable entre tous.
Protégé des Médicis et de la cour de Laurent le Magnifique, il est le peintre des allégories païennes telles « le sacre du Printemps » ou « la naissance de Vénus ». C’est à cette période qu’il évolue en étirant ses personnages vers un maniérisme plein de grâce.

La naissance de Vénus.

Naissance de Vénus

Celui-ci cèdera la place à une période plus tourmentée d’angoisse religieuse, lors de l’emprise de Savonarole à Florence, qui se traduit dans sa peinture à la fin de sa vie.

Vierge à l’Enfant et St Jean Baptiste. 1490. Léonard de Vinci. 1452-1519.

Autoportrait.1512. Conservé à la bibliothèque Reale de Turin.

 

Elève de l’atelier de Verrochio à Florence.

Contrairement à Botticelli, il a voyagé. D’abord à Florence, puis Milan, à nouveau Florence et Milan, puis Rome et enfin la Touraine où il repose au château d’Amboise.

Artiste universel de génie, Léonard est ingénieur, architecte, sculpteur……...et peintre.

Son œuvre peinte est rare mais elle rend compte par son innovation et son caractère si particulier de la recherche incessante du peintre.

Vierge à l’Enfant avec Sainte Anne. Détail. Conservé au Louvre.

 

Nouveauté dans les sujets, la composition, le rendu de la couleur et de la matière, le traitement du modelé des visages, la douceur des contours (le fameux sfumato), la brume des arrière-plans (atmosphère atmosphérique).

La Vierge aux rochers (détail) Conservé au Louvre.

 

Ce n’est pas seulement d’une façon chronologique que Léonard de Vinci est à la transition des 15 et 16 ème siècles, son art de peindre totalement novateur ouvre une parenthèse dans l’histoire de la peinture, qui, finalement se refermera avec lui, ses suiveurs n’ayant pas ouvert de voie

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