Les impressionnistes

Impression soleil levant (détail) - 1873 - Claude Monet. Musée Marmottan. Paris

La peinture impressionniste colorée, vive, gaie, poétique est le style de peinture qui touche le plus grand public, largement au-delà du cercle des connaisseurs et des amateurs.
Sans doute est ce du à l’émotion transmise au spectateur par le peintre qui donne à voir le monde en agissant sur ses sensations.

Tout en représentant des scènes de vie intense, de moments privilégiés de fête et de plaisirs cette peinture rend compte du caractère éphémère de ces instants et par conséquent de l’inéluctable fuite du temps, à l’instar d’un instantané photographique.

La balançoire. Renoir. Musée d’Orsay.

La peinture impressionniste qui plaît tant au public de nos jours connut cependant un avènement très difficile. La rupture de ton avec la peinture académique et classique était si grande et causa un tel scandale que cette nouvelle peinture mit une trentaine d’années à se faire accepter par ses contemporains.

Et même en 1894 lorsque Caillebotte lègue sa collection à l’Etat, dix-sept tableaux seront finalement refusés sur les soixante cinq chef d’œuvres proposés et partiront à l’étranger.

Aujourd’hui l’impressionnisme nous paraît au contraire dans le droit fil d’une peinture réaliste et l’aboutissement naturel de l’évolution que connut la peinture au dix-neuvième siècle.

On attribue souvent aux seuls impressionnistes l’emploi des couleurs vives, le foisonnement des touches, et la peinture en plein air. Or Le mouvement Naturaliste de l’école de Barbizon , le grand paysagiste anglais Constable (1776-1837), Turner (1775-1851) Corot, (1796-1875), Delacroix, (1798-1863), (1819-1877), Jongkind (1819- 1891) ont ouvert le chemin et c’est Eugène Boudin (1824-1898) qui initie Monet à la peinture au Havre.

Souvenir de Mortefontaine Corot. Musée du Louvre.

La découverte des estampes japonaises du style Ukiyo-e (peinture du monde changeant) eut aussi une influence sur les jeunes peintres qui se voulaient les témoins de la Nature et de ses changements selon les heures et les saisons.

Les thèmes de la peinture impressionniste sont autant ceux de la vie légère, des lieux de distraction et de plaisir, de fête souvent en plein air, de paysages campagnards ou urbains, que ceux de la vie laborieuse des gens du peuple… L’œil des impressionnistes est le témoin de tous les spectacles, quels qu’ils soient du moment qu’ils traduisent la vie de leur temps.

La gare Saint-Lazare. Monet. Musée d’Orsay.

Au 19ème siècle la création artistique en peinture était étroitement chapeautée par l’Académie des Beaux Arts qui avait changé plusieurs fois d’organisation sous la révolution, l’Empire et la restauration. Mais ses principes étaient restés les mêmes, ses membres nommaient les professeurs à l’école des Beaux Arts, et en tant que jury de l’exposition annuelle : le « Salon » contrôlaient le marché. Les jeunes artistes étant dans l’obligation d’en suivre les règles s’ils voulaient faire carrière.

L’enseignement à l’école des Beaux Arts était donc fort « académique ». Jusqu’en 1863, date de la réforme de l’enseignement, celui-ci consistait surtout en dessin et s’adressait à des étudiants ayant déjà une certaine expérience.

Les étudiants devaient donc s’inscrire dans des ateliers privés, la plupart étant dirigés par des professeurs des Beaux Arts et pouvaient ainsi se préparer aux concours organisés par l’école.

La réussite au plus prestigieux des concours : le prix de Rome, surtout en peinture d’histoire garantissait à son lauréat une brillante carrière. La distribution des prix, chaque année, était un des événements majeurs de la vie artistique.

L’apprentissage, à l’image de ce qu’il était à la Renaissance, permettait à l’apprenti peintre de bénéficier de l’enseignement d’un « maître ». Effectuant d’abord des copies de gravures, puis de moulages de statues antiques, les jeunes peintres ne passaient à la peinture que lorsqu’ils avaient fait leurs preuves en dessin.

Ingres qui défendaient l’enseignement académique disait : « Le dessin, c’est tout, la technique de peinture est très facile et peut s’apprendre en une semaine »
L’apprentissage de la peinture passait ensuite par la copie d’anciens maîtres au Louvre et par l’étude de la composition.

L’art académique se distinguait par le grand soin apporté à la finition, la surface du tableau étant polie comme un miroir. Adapté à un certain type de peinture classique l’académisme finit par se scléroser et refusa de s’adapter à la créativité et l’originalité des nouvelles générations.

Le salon officiel refusait tant de tableaux (quatre mille cette année là) que dans un geste libéral, Napoléon III créa le « salon des refusés » en 1863 dans une autre salle du Palais de l’Industrie où se tenait le salon.
C’est à cette occasion qu’éclata le scandale provoqué par l’exposition du tableau de Manet : « le déjeuner sur l’herbe »

Le déjeuner sur l’herbe. Manet.1863
Il fut le guide du mouvement impressionniste auprès duquel vont se regrouper les jeunes Monet, Sisley, Bazille qui mourra en 1870, et Renoir puis Pissarro et Cézanne ami d’enfance de Zola. Tout le monde se réunissait le vendredi soir au café Guerbois, avenue de Clichy près de l’atelier de Manet. Le groupe était rejoint par Fantin-Latour, Degas…

Zola dira de Manet : « Autour du peintre vilipendé par le public s’est créé un front commun de peintres et d’écrivains le revendiquant comme un maître. »

Cependant Manet refusera toujours de participer aux expositions organisées par le groupe qui a fondé la Société anonyme coopérative d’artistes peintres, sculpteurs, graveurs…

Leur première exposition a lieu le 15 avril 1874 chez un ami, le photographe Nadar, boulevard des Capucines et regroupe une trentaine d’artistes dont Boudin, Cézanne, Degas, Guillaumin, Monet, Berthe Morisot, Pissarro, Renoir, Rouart, Sisley etc...

C’est à l’occasion de cette exposition que le tableau exposé de Monet : « impression soleil levant » va donner son nom au mouvement à la suite de la raillerie d’un journaliste.

Cette exposition est un nouveau scandale et un fiasco financier qui se traduit par la misère matérielle pour certains de ces peintres.

C’est le début de l’époque des « peintres maudits » qui coïncide avec l’exacerbation du conflit entre le goût Bourgeois et la création artistique.

Malgré les critiques et l’insuccès, le groupe maintient bon an mal an ses expositions jusqu’en 1886, date à laquelle a lieu la huitième et dernière exposition.

A partir de 1880, certains, comme Manet qui obtient une médaille au salon en 1881, ou Renoir, recueillent un début de reconnaissance. Mais Pissarro, Sisley et plus encore Cézanne sont complètement incompris et écartés.

Le groupe se remodèle, certains s’en vont et d’autres arrivent. Gauguin apparaît en 1879. Van Gogh dans les années 1880 se ralliera très vite au mouvement impressionniste mais développera rapidement une peinture très personnelle.

En 1886, le marchand d’art Durand Ruel, qui a toujours soutenu le groupe, et qui a des problèmes financiers joue son va tout en exposant pour la première fois Renoir et Monet à New York et c’est le début du succès pour ces deux peintres qui n’exposeront donc pas lors de la dernière exposition du groupe cette même année.

Par contre il y aura Odilon Redon, Signac et Seurat.

dl class="spip_document_125 spip_documents spip_documents_center">Calme du soir , Concarneau.Paul Signac. Metropoleum Museum of Art. New York.

Le mouvement évolue et glisse vers le Néo impressionnisme.

Il est toujours commode de classer les individus dans des mouvements, mais il est bien évident que des personnalités si diverses et des individualités si fortes que celles de tous ces grands artistes ont chacune tracé leur chemin artistique.

Tout au plus peut on s’émerveiller du foisonnement et de la créativité si riche sur une période relativement courte et dans un même lieu : la seconde moitié du 19ème siècle en France.

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