Natures mortes

Willem van Aelst : Raisins et pêches

Le terme nature morte désigne la représentation d’objets inanimés.

Le terme hollandais : « stilleben » : vie tranquille ou immobile, apparaît au milieu du 17ème siècle au moment de l’apogée du genre en Hollande. Ce n’est qu’au 18ème siècle que l’expression « nature morte » s’impose en français. C’est peut-être parce qu’elle était d’abord utilisée pour la représentation d’animaux morts, de gibier, que cette expression est née. Ce terme nommera par extension la représentation d’objets usuels, de vaisselle, de fruits, légumes, et fleurs, qui entrent dans la composition de ces peintures d’objets immobiles.

Présent dès l’Antiquité ,le genre de la nature morte connut certainement une longue période de faveur puisqu’on peut en retrouver des exemples peints à fresque sur les murs de Pompéï, rares vestiges de la peinture antique.

En revanche au Moyen Age, on n’a plus trace de composition similaire et il faut attendre la pré renaissance au sud de l’Europe pour retrouver des assemblages d’objets usuels inclus dans des peintures religieuses, en relation avec les personnages représentés.

En Europe du Nord, le même phénomène va se produire un peu plus tard, les groupes d’objets étant d’abord inclus à l’intérieur d’une scène religieuse, ou au revers d’un retable, ou encore en trompe l’œil sur une étagère peinte à l’intérieur d’un panneau.

Mais c’est à l’apogée de la renaissance que les artistes italiens, inspirés par l’antiquité, vont ressusciter le genre de la Nature Morte autonome, l’exemple le plus célèbre étant sans doute la « corbeille de fruits » du Caravage.

Cependant, c’est en Europe du Nord que va considérablement se développer la production de Natures mortes pour atteindre un niveau inégalé dans la virtuosité de l’exécution, la richesse des compositions. Cela est peut être du à la Réforme protestante et l’iconoclasme qui l’accompagne, la peinture de Natures mortes permettant aux peintres de transmettre un message religieux à travers la représentation d’objets symboliques. En effet, de nombreux éléments de la composition avaient un sens. Par exemple : Le raisin et le vin seraient des symboles de l’Eucharistie, Le homard (qui mue à chaque étape de sa croissance) serait un symbole de la résurrection du Christ. Mais la peinture de Nature morte est également présente en Flandre qui est restée catholique, en Espagne, en France et naturellement en Italie. Tout au plus peut-on noter des différences de style, la peinture hollandaise étant plus sobre dans ses coloris, utilisant souvent une subtile monochromie de tons.( Willem Claesz Heda et Pieter Claesz , Willem Kalf…)

La peinture flamande, tout aussi raffinée et soignée dans sa réalisation est plus colorée et luxuriante.( Snyders, Isaac Soreau, de Heem…)


En Espagne, les compositions sont très sobres, voire austères, la lumière crue qui les éclaire renforce encore leur sévérité et leur confère une force particulière.(Zurbaran , Cotan, Velasquez….)

En France, ce sont des compositions plus sobres et plus simples que celles des hollandais,mais plus douces et intimes que celles des espagnols que vont réaliser des peintres tels que Baugin, Louise Moillon, Linard…

La signification de ces assemblages d’objets nous est difficile d’accès aujourd’hui, alors qu’on peut supposer qu’elle était facilement lisible par les contemporains de ces œuvres.

Décryptées, les natures mortes transmettent un message qui rappelle aux hommes la précarité de leur condition, la brièveté de la vie ( fleurs coupées prêtes à flétrir, pétales fanés, verre brisé), la fuite inexorable du temps (bougies consumées, montres, sabliers), la corruption de la matière (fruits tachés, insectes prêts à souiller les victuailles), le caractère éphémère et vain de la beauté, de la richesse, du pouvoir, du savoir, des plaisirs (bijoux, tissus somptueux,miroirs) .

Au-delà de l’étalage fastueux de la richesse des tables dressées, qui pouvait flatter les acheteurs par ces témoignages de leur réussite matérielle, le tableau exhorte le spectateur à prendre conscience du caractère éphémère de cette opulence, de la vanité de la vie terrestre et rappelle la primauté de la vie éternelle.

Une catégorie de natures mortes s’appelle d’ailleurs « Vanités » et interpelle plus brutalement et de façon plus explicite le spectateur en mettant en scène au côté d’autres objets un crâne. Le message : « memento mori » est direct. Vous trouverez une très intéressante conférence sur le sujet dans le site de Monsieur Jacques Darriulat

conservé au Mauristhuis La Haye
Mais même si la lecture de ces tableaux était aisée par les contemporains de ces peintres, on peut supposer que leur qualité d’exécution, leur esthétisme était tout aussi appréciée des amateurs.

Petit à petit , à partir du 18ème siècle, ces assemblages de vaisselle luxueuse, de fruits et de fleurs aux couleurs chatoyantes n’ont plus interpellé que la sensibilité esthétique du spectateur, la nature Morte perdant son caractère moralisateur au profit de sa valeur décorative.

Il est intéressant de noter que jusqu’au 18ème siècle, un classement hiérarchique des genres de peinture avait cours. En premier venait la peinture d’histoire, puis les scènes de genre, les portraits, les paysages et enfin la Nature Morte.

Cela explique peut-être pourquoi à l’exception notable des italiens (Le Caravage) et des espagnols (Velasquez, Zurbaran) peu de « grands » peintres se soient essayé à cet exercice ,les peintres de Nature Morte étant des spécialistes du genre.++++

La majorité des natures mortes était réalisée sur panneau de bois ou toile.

Le très bon état de conservation des peintures du Moyen Age peintes sur bois témoigne des qualités de ce support. Cependant au cours du 17e la toile prend le pas sur les panneaux de bois, car elle est beaucoup moins lourde et plus maniable. Mais les Natures Mortes étant souvent de petite taille, l’avantage de la toile était moins important et beaucoup d’entre elles sont peintes sur bois .

Les plaques de cuivre sont très minoritaires. Ce type de support est associé généralement aux peintures de petit format d’un fini extrêmement raffiné. Les peintures sur cuivre ont habituellement une surface comme émaillée. L’invention de la peinture sur cuivre est liée au début de l’imprimerie ; en effet, les tableaux étaient peints sur le dos d’anciennes plaques de cuivre utilisées pour l’impression.

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